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02/06/2015

Le texte vrai d'un fâché francais - Le 02/06/2015

Pat Poker

                Le texte que j’ai diffusé hier rencontre un des plus francs succès de ce blog. Les statistiques indiquent qu’il occupe la troisième position aux fréquences de lecture parmi les écrits de ce journal créé en Février 2015. Je parie que les mœurs jains expliquent cette réussite. Le côté voyeur de l’être humain n’est-ce pas. Ca choque alors on partage. Ces rites dictés par la diksha étonnent et inquiètent nous autres Occidentaux qui nous pensons moins barbares ou plus raffinés, c’est-à-dire civilisés. Les pratiques jaïnistes nous sont incompréhensibles non seulement parce que nous n’y sommes pas habitués (encore que certains s’épilent aussi chez nous) mais surtout parce nous sommes attachés à nos libertés individuelles et pénétrés de deux notions fondamentales : l’habeas corpus et le libre-arbitre. Il nous est possible et conseillé de décider en propre de notre destin en ayant la garantie que sera respectée l’intégrité de notre corps. Usées à l’excès, ces notions sont déformées par le clairon de charmantes imbéciles qui réclament le droit de disposer de son corps librement depuis 50 ans (et non le droit à qui ne se dit pas…). Elles pensent innover. Rigolo. Bref : chez nous, le père de famille ne peut embrigader celle-ci, si elle n’est pas d’accord, dans une diksha qui la conduirait dans une pauvreté après mutilation.

      Texte validé, donc. Tant mieux ! En plus du fond, le style a dû convaincre. Il s’agit pourtant de notes tapées sur mon smartphone que j’ai concaténées hier aussi vite que je les avais écrites. Il en résulte un style journalistique premier degré, sans analyse de fond. La forme est faible et froide. Il n’y a là-dedans aucune dimension littéraire. Pourtant, tout fonctionne. C’est que le récit correspond à ce qu’attend le lectorat contemporain. Du sensationnel. Lecture rapide. Ne surtout pas exiger de lui qu’il s’abîme dans une réflexion d’ensemble. Ne pas lui faire perdre son temps. Lui refourguer de l’anecdote avec quoi il brillera en dîner mondain, peut-être qu’il draguera avec et impressionnera la personne qu’il espère baiser. Non, ne pas espérer qu’il contracte le syndrome de Stendhal - qui suffoque devant la beauté de l’art. Le prendre par la main. Et pourquoi pas me dira bob. L’Aristo Musso ! Hier à la FNAC, j’achète LE ROMAN VRAI D’UN FASCISTE FRANÇAIS. Taquin. Devant moi, une type pose Musso sur le comptoir. Derrière aussi : j’étais cerné. Mais qu’un abruti fini à la chiasse soit l’écrivain de cette époque ne devrait pas m’étonner.

      Comment se pourrait-ce ? – cependant qu’un artiste indien promet aujourd’hui de « déconstruire » les jardins de Le Nôtre pendant l’été et l’automne 2015 avec des « canons phalliques qui tirent dedans une poussière rouge ». Je suis bien de retour !  Et je tombe sur le plus con des Indiens, ici. Anish Kapoor. Le commissaire de l’exposition, déjà commissaire du peuple tant l’art contemporain indique la pensée à suivre, parle de « la force de proposition d’Anish ». En tant que salarié de l’esprit unique, l’artiste contemporain se voit appliqué le même langage qui est parlé en entreprise, laquelle est également un terrain d’expression de la doxa. Ses salariés ne sont pas des artistes mais comme tout le monde se dit artiste dès qu’il pense à une métaphore qui associe l’eau au trouble des passions (basique considération d’un gamin de 12 ans), tout est cohérent, tout va bien, tout est rigolo, donc tout est rien. Souvent, « l’art s’invite en entreprise » et les bobs sont priés d’exposer leurs créations comme un enfant en classe de CP. L’infantilisation permanente n’est donc pas que littéraire, bien au contraire, elle s’invite en ce moment sur le pont des arts où des tableaux de street art vont remplacer les cadenas. Sur les tableaux, comme prévu : une enculade. Une clé à tête humaine s’applique à ouvrir un cadenas à serrure de fion. Il faut toujours qu’ils montrent des culs offerts à un objet phallique. Serait-ce la marque de la race homosexuelle que Malaparte prévoit dans LA PEAU dès 1949 ? Ou alors ai-je raison de demander dans mon récit de voyage, en l’occurrence dans mes notes oubliées dans mes nuits, si la démocratie est un régime homosexuel ? C’est franchement usant. Je n’ai rien contre les homosexuels mais quand leurs mœurs deviennent une propagande, ca m’agace comme des vagins ouverts « heurteraient » leur sensibilité de misogyne.

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L'Aristo dit que c'est la bobarie à visage humain

01/06/2015

Inde Mai 2015 - Incredible India

Pat Poker

                Il m’est impossible de recopier aujourd’hui mes notes d’action qui sont moins faites de réflexions que les précédentes. Il en va ainsi de la reprise au bob-office. Le temps se resserre, il devient ladre. Il vampirise la liberté. Le temps n’a plus d’adjectif. Il est impossible à décrire, c’est donc qu’il ne se vit plus. C’est plus tard dans la semaine que viendra mon récit limonovesque.

      Je jette des restes inscrits dans mon portable.

J’ai vécu la canicule qui carbonise l’Inde cet été. C’est la plus grosse vague de chaleur depuis 1996. C’est pire qu’un pic de froid. Celui-ci se combat, la chaleur est subie. Mais logiquement, en plus de nager dans les hôtels ou au club olympique de Delhi, j’ai couru. Tout ce qui est interdit par la santé hygiéniste, je le subvertis. Il fallait que je sente la chape autrement qu’en touriste marcheur. Aux températures s’ajoutait un vent du désert, pareil à un sèche-cheveux, qui jetait sur les épaules ses poids de fonte contre quoi je luttais d’autant plus que je forçais l’allure. J’y allais à midi. Mon tempérament s’échauffait si bien que j’ai tenté le 50 degrés. Aucun regret. De la souffrance en première classe.

Parcourant les pistes ocres des campagnes, je pensais à ces colons blancs, explorateurs et légionnaires à la fois, qui arpentèrent ces terres nouvelles. J’opposais leur courage  à la paresse des locaux. Je comprenais qu’il n’est rien de tel que l’affrontement physique comme le sport pour prendre possession d’un pays. J’en discutais avec mon masseur attitré qui dérouillait mes muscles selon les rites tantriques. Le type ne comprenait pas mon propos, sans doute à cause de son anglais limité. Il officie dans les hôtels pour riches occidentaux qui se font caresser la peau après une heure d’agitation façon poisson rouge. C’est la bonne conscience du gros : il enfile sa tenue sans se faire mal, puis il se fait du bien. Il se contente d’une vie sans effort qui tient promesse aux illusions : un jour je m’y mets sauf qu’il n’y va jamais. Alors il reste en surpoids. S’il se regimbe, il pousse à la gym comme si on lui soufflait dans les fesses. Il gonfle.

      A la piscine, quelques gros mais d’adorables Indiens me prennent pour un nageur professionnel. Je les dessille mais ils veulent des conseils. Alors on finit par s’entendre autour d’une règle simple : je leur consacrerai dix minutes à la fin de mon trois kilomètres. Evidemment, ils sont ravis. Ils comprennent comment nager le crawl mais ne parviennent pas à maintenir allongé le bras d’appui en sorte qu’ils brouillent leur ligne de flottaison et manquent se noyer. Je leur explique que l’équilibre, comme en tout, est la clé : une fois qu’il est trouvé, il est possible de se confier à l’eau, alors personne ne coule, chacun pourra glisser. La nage, c’est du vélo. Le coût se paie dans l’épaule qui supporte d’autant mieux l’épreuve qu’elle est musclée. Il faudra travailler et intégrer qu’il faut s’aider de la flotte. La natation est un sport dont l’espace est cet adversaire qui devient un allié. Comme le taekwondo qui enseigne à utiliser la force de l’ennemi pour la retourner contre lui, elle exige des heures de pratique et de connaissance avant de la maîtriser. Mes élèves aiment cette comparaison. Alors ils me montrent les mouvement de base du Viet Vo Dao qui est le sport de combat qu’ils partagent avec le Vietnam et l’Indonésie. Cet art martial utilise essentiellement les bras. Les mains ne frappent jamais parce qu’elles sont utilisées pour casser les membres de l’opposant une fois bloqués par une prise.  Son entraînement s'appuie sur un système de burpees qui massacrent n’importe quel profane. Je les regarde aux vestiaires s’adonner à un rituel yogi, laugh exercise, ils rient comme des damnés en fléchissant leur corps en arrière et en jetant les bras au ciel.

      Lorsque je discute avec les Indiens au sujet de la pollution, ils haussent les épaules. Ils ne s’en excusent pas. Ils considèrent que les pays riches ont pollué la planète pour le devenir. Eux qui sont en développement ont à leur tour le droit de polluer pour égaler le niveau de leurs prédécesseurs. Si les occidentaux veulent une Inde écologique, ils devront payer tant que son retard n’est pas comblé. La grande idée serait d’y créer une banque verte que l’OCDE alimenterait afin de financer des projets bio. Etant donné la corruption du pays, je doute de la sincérité de ces entreprises. Il faudra compter longtemps avec ces villes qui valident les pustules urbaines d’Oswald Spengler. Les gaz d’échappement mêlés aux vomissements démographiques créent un trafic qui congestionne les artères. Tout déplacement est une tannée sinon un suicide. Il existe un livre référence sur Bombay (donc sur l’Inde tant cette ville résume le pays) : BOMBAY MAXIMUM CITY de Sekutu Mehta. J’ai largement feuilleté ce bouquin sur les conseils d’un couple jain chez qui j’étais invité. Selon eux, c’est le livre qu’il faut connaître pour appréhender l’Inde.

Le titre de Sekutu Mehta est tout trouvé et son texte s’accorde à ce que j’ ai vu à Bombay il y a deux ans. Mumbay est une ville de plus de trente millions d’habitants traversée par des ponts dégoulinant de béton. Pharaonique, son architecture emprunte plus au grossier qu’au raffiné des pyramides. Elle développe la ville en hauteur vers quoi s’exilent les classes aisées, laissant les démunis en bas, à même le sol sur quoi ils concoctent leur pain. La cité maximum concentre les activités qu’elle recrache dans les cris et les klaxons, dans les fumées et les râles. C’est un volcan de crasse qui souille la géographie, en sorte que ce n’est plus un lieu mais un nulle part. Sekutu Mehta écrit que la ville, et surtout Bombay, est un noeud de transition où se défait l’Inde traditionnelle, c’est-à-dire que rien n’y est stable, tout est liquide, les existences se mènent dans l’urgence, la vitesse commande l’emploi du temps, les amitiés ne sont pas durables car n’importe qui peut quitter l’endroit n'importe quand, par quoi les relations s’atomisent  et, soit par peur d’être déçus, soit par mépris, les gens finissent par ne plus jamais en nouer. La ville génère le renoncement permanent excepté à l’argent qui devient la seule motivation des bombayites. Vérité là-bas, vérité ici…

Dans BOMBAY MAXIMUM CITY, il y a ces jains qui appartiennent à la caste des diamantaires. Souvent très riches. Il arrive que le chef de famille renonce à tous ses biens matériels au cours de la cérémonie de la diksha à l’issue de quoi il distribue son argent aux pauvres, se débarrasse de son domicile, et condamne les siens à errer jusqu’à la mort. Filles et garçons sont séparés : les sœurs suivent la mère et les frères emboîtent le pas du père. S’ils se croisent, il leur est interdit de se saluer. Ils sont tenus de rester glabres, de la tête aux pieds, et de revêtir un vêtement sans couture. Tout contact avec l’eau est proscrit, car il risquerait de souiller la vie. Ils passent la mousson enfermés dans des abris de pauvres qu’ils sont devenus, larvés dans l’humidité de cagibis qui contrastent avec le faste de leurs anciens appartements. Comme ils ne sont pas autorisés à toucher le fer, ils s’arrachent mutuellement les poils, y compris les cheveux, afin de rester imberbes. C’est donc le cuir chevelu en sang ou le crâne encroûté qu’ils sillonnent le pays. Sekutu raconte l’histoire de ce bébé jain malade ; il est soumis aux exigences d’une diksha qui a été décidée pour lui. Des cheveux lui poussent. Pourtant ravagé par la fièvre, ses parents le soignent en lui déchirant la tête. Incredible India dit la pub…

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L'Aristo dit qu'il tient trop à ses cheveux soyeux pour entamer sa diksha

 

31/05/2015

Inde Mai 2015 - Notes oubliées dans mes nuits

Pat Poker

Voici mes notes rédigées sur des post-it d'hôtel durant le mois de Mai passé en Inde.

La suite demain - dans un registre limonovesque. Vous verrez.

 

-Le 12/05/2015 - Delhi

 

De la morale et la justice et l'éthique

 

               Un peu de casuistique.

            Imaginons une route sur laquelle passent des voitures. Il est impossible au promeneur de traverser. C'est bien souvent le cas en Inde. Comment faire ? C'est le promeneur ou les automobilistes.

              Idée : jeter une pierre dans la vitre d'une des voitures, laquelle, en s'arrêtant, provoque un carambolage. Le trafic est interrompu, alors la traversée devient possible. Immobiles, les automobilistes sont devenus inoffensifs.

            Si le promeneur commet son forfait au vu et au su de tous les protagonistes, il pose un problème de justice.

            Si, par quelque stratagème, il commet son forfait en se rendant invisible, il (se) pose un problème de morale.

                Dans le premier cas, il peut échapper à la justice. C'est un cas de défiance.

                Dans le second cas, il peut échapper à la morale. C'est un cas de conscience.

             Conclusion  : morale et justice sont organiquement distinctes, par quoi la morale n'est pas forcément juste ni la justice forcément morale. Vouloir qu'elles coïncident revient à tordre leur nature à l'aune d'une réalité espérée : c'est de l'idéologie.

              L' état de droit s'en remet à la justice. L'anarchie s'en remet ou fait confiance à la morale. Une situation qui permet au promeneur de se laver les mains de son forfait ne devient donc possible qu'en société chaotique, c'est-à-dire en société primitive (se souvenir de Burt Reynolds dans le film DELIVRANCE qui hurle dans la nature à son compagnon : "Mais où est-ce que tu vois la justice ici ?") ou en guerre civile.

                La morale demande : comment bien agir ? L'éthique demande : comment agir au mieux ?

Le problème soulevé par le défilé de voitures incessant est d'abord éthique puis moral ou juste, si bien que l'éthique est subordonnée à la morale ou à la justice. L'éthique est relativiste ; une fois dépassée par l'acte, la situation à laquelle l'éthique est censée répondre ne l'interroge plus. Alors il faut en appeler à la morale ou à la justice.

 

-Le 13/05/2015 - Delhi

 

Des couples dissymétriques en beauté

 

               Dans le cas du beau avec la moche, c'est un problème de confiance en soi dans TOUS les cas - pour le type.

               Dans l'autre cas, ce n'est pas que la fille n'a pas confiance en elle : au contraire, il lui en faut pour s'afficher aux côtés d'un laideron, c'est plutôt que le vilain a très confiance en lui. Le type n'aurait pas naturellement foi en lui s'il était d'une classe sociale inférieure - car bien entendu, très souvent, les hommes moches ayant une belle au bras sont issus d'une classe aisée. Il y a toutefois des exceptions dans ce cas de figure et un conte comme LA BELLE ET LA BETE est la mythification de ce fait naturel qui veut que la femme puisse aimer un vilain.   

                    Roland Barthes - MYTHOLOGIES

               Une chose à retenir : le mythe est la transformation de l'histoire en nature. En sorte que le fait naturel est, aux yeux du moyen, performatif en soi i.e. il va de soi comme le soleil brille le jour et s'éteint la nuit (ce qui n'est d'ailleurs philosophiquement pas vrai, comme tout raisonnement performatif, justement!). Appliqué à LA BELLE ET LA BETE, le principe barthesien rappelle que l'histoire regorge tant de jolies et de moches associés que cela semble naturel. Conter LA BELLE ET LA BETE est dire ce mythe qui pérennise la nature d'un comportement qui aurait été souvent observé.

 

-Le 14/05/2015 - Delhi

 

Rubinstein dans un jardin

 

               Un jour qu'il était interrogé sur le tempo qu'il préférait, Rubinstein répondit : "il tempo giusto".

Sur les pelouses du Lodi Garden, un jardin à l'anglaise hérité du raj par "la plus grande démocratie du monde", je lis Rubinstein et je regarde les Indiens affairés dans la rue d'en face. Ils créent par leur prolifération une civilisation qui occupe l'espace de façon informe, donc injuste. A en croire Rubinstein, les Européens occupent le temps, et ils s'emploient à ce qu'il soit juste. L'Europe est une civilisation de l'introspection.

 

-Le 22/05/2015 - Hyderabad

 

Lecture du moment : LE ROYAUME d'Emmanuel Carrère

 

               L'Universalisme est l'idée selon laquelle se trouvent en tous les hommes des caractères communs. Merci Jésus, merci les Lumières. C'est ce qui popularise l'égalité. À la chercher en tous et pour tous, se crée l'égalitarisme (lire Tocqueville et sa DEMOCRATIE EN AMERIQUE).

Les Lumières : l'homme relève d'un universalisme temporel, ce qui permet le relativisme.

Jésus : l'homme appartient à un universalisme géographique, ce qui permet L'Eglise.

Aussi, une lecture du christianisme par un homme des Lumières comme Carrère est une aporie qui le porte à comparer les premiers chrétiens aux  tenants du new-age actuel qui sont ces rigolos zozos priant accroupis en tailleur sur le sol de leurs chiottes. Il faut lire son livre LE ROYAUME, intéressant d'érudition, à condition d'avoir les idées claires.

               Jacobinisme et communisme : l'universalisme est géographique et temporel. L'universalisme se sécularise davantage que par les Lumières : il devient l'internationale. Un hymne final est créé. La parousie sera dictatoriale et prolétaire. Le capitalisme, qui excelle à digérer ses ennemis, ingère plus tard les lubies communistes et met à la mode l'international via le vocable worldwilde que les cons répètent à l'envi. C'est la vocation universelle du marché. Et puis règne l'esprit d'ouverture n'est-ce pas. Cependant, le capitalisme satisfait ses idiots utiles que sont les gauchistes avec l'entertainment qui dicte we are the world, we are the children.  Or qu'est un idiot satisfait sinon un débile inutile ? Les gauchistes sont les débiles inutiles du capitalisme.

               Lénine parlait du gauchisme en tant que maladie infantile du communisme. Est-ce à dire qu'il s'agit des premiers balbutiements malades du communisme comme la varicelle chez l'enfant, ou qu'il s'agit de la dégénérescence  d'une idée communiste supérieure ? Le livre de Lénine LA MALADIE INFANTILE DU COMMUNISME ("LE GAUCHISME") est un compendium indigeste des groupes socialistes européens du début du XXème siècle en sorte que la réflexion est brouillée par l'accumulation de noms mineurs. Il est difficile de répondre à ma question à partir de sa lecture. Un peu comme si le lecteur de 2115 décidait de se pencher sur la cinquième république et ne parvenait pas à saisir son principe directeur dans un livre qui énumèrerait Walls, Morizet, Placé, Belkacem et consorts - tous cancrelats insignifiants que l'Histoire a déjà vomis, avec Hollande à la chasse d'eau, ce Pompidou sans syllabes : un petit-roi banquier sans la drôlerie du patronyme.

 

-Le 25/05/2015 - Delhi

 

Les femmes face au langage

 

               Une erreur fréquente commise par les femmes consiste à croire que bien s'exprimer est adulte. Pourtant, un esprit libertaire, donc rebelle à leurs yeux, gagne à mieux se parler, c'est-à-dire à mieux se penser et à mieux penser tout court, et partant, à mieux s'annoncer, ce qui signifie mieux s'exprimer. C'est ainsi qu'il se bâtit de la meilleure des manières. Tandis qu'un bob, le plouc à trottoir, accepte d'autant mieux son sort de renonçant, à savoir d'adulte au sens petit-bourgeois, qu'il possède peu de vocabulaire et de concepts à manier. Il économise la remise en question, tout est plus simple, plus cool, plus chapeau de paille.

La femme se figure l'aventurier chez le débile quand l'intelligence est l'aventure même du corps et de l'esprit. Le débile est le sédentaire mini-bob qu'elle méprise et continue de mépriser en secret, mal baisée, après s'être résolue à l'épouser. "Faut bien". "Faut bien se poser, avoir des gosses, c'est la vie" les petits-weekends. Tout, surtout son existence, est placé après le petit qui d'adjectif devient le préfixe de toutes ses médiocrités.

 

-Le 26/05/2015 - Delhi

 

L'administration

 

               L'Inde raffole de l'administration. Comme rien n'est numérisé (comment numériser plus d'un milliard d'habitants d'un sous-continent dont moins de la moitié des gens possède un ordinateur ?), sont distribués au moindre prétexte tampons et bouts de papiers : du simple achat à l'inscription à la piscine par exemple, il faut compter trois papelards à viser par un contrôleur contrôlé par un supérieur qui rend compte. Paranoïa des pays bureaucratiques. Dans ce mille-feuilles administratif, s'insèrent les bas instincts de l'humanité que sont la paresse et la corruption. Au moins il n'y a pas de chômage. Voire ! Ce n'est pourtant pas un pays soviétique, c'est "la plus grande démocratie du monde". Il faudrait dire "la plus grosse" car sa grande affaire est la gestion de sa masse, c'est-à-dire de sa démographie (c'est aussi le cas de l'Europe libérale quand elle ne sous-traite pas aux "ressources humaines" des entreprises). Au vrai, l'administration n'accompagne pas un régime en particulier mais pousse sur la prolifération des masses. Le nombre est une mauvaise herbe. L'avènement de la masse suit celui de l'administration. SUMER avait été visionnaire, elle qui connaissait une démographie raisonnable.

               L'Inde y ajoute la crasse. C'est donc "la plus grosse démocrassie du monde". Mais sans besoin de crasse, la démocrassie est la démocratie combinée à la démographie monstre. Tout au démos, tout au peuple...

               Dans l'Histoire, ces masses s'affirment à Diên Biên Phu. Elles déferlent en une seule vague sur l'homme blanc qui meurt une seconde fois après s'être déjà évanoui à Stalingrad comme l'écrit Céline dans une lettre adressée à Henri Poulain en Juin 1943.

 

-Le 27/05/2015 - Delhi

 

Affalé contre avachis

 

               Proust écrivit toute LA RECHERCHE à la romaine, allongé sur son duvet. Le génie affalé.

               Je ne sais pourquoi mais je lui oppose les années avachies, sans doute par une association d'idées née de la comparaison entre grandeur et petitesse, hauteur et bassesse, aristocratie et démocratie.

1789, 1830, 1848, 1968 - autant de dates de l'Histoire de France adjugées à la jeunesse. Idéaux de facto jeunes. C'est dit, signez en bas les jeunes. Proclamé ! Ca y est, fini, rien à dire ! Une chose à ajouter ?

Egalité ! Tout le monde pareil ! Beaux moches bêtes et brillants ! Imaginez toutes ces bouches, tricoteuses !, geindre après leurs âneries, rien que lèvres d'amour dissous dans les idées moites. Petites vieux ! Apologie de la faiblesse ! Fragilité à dorloter et force à condamner ! A éradiquer ! Raus la force ! Dehors !

Tous ces jeunes. Des cuits dans l'âge, épuisés à moins de trois décennies. Le confort ! L'horizon des chaumières. La retraite à moins de quinze ans, pas de guerre, l'amour sur fond de paix, joie ! Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ! Non ! Tas de cendres en train de pourrir.

Lisez mais lisez les chroniques de la peste, de Camus à Malaparte en passant par Céline : tous le disent, la jeunesse s'achève en 14-18 et 39-45, c'est le tombeau ! Direction le sous-sol. Fissa vers la mort ! Vieux, jeunes : en 68, ils avaient rendez-vous.

 

Hamlet

 

               Que dirait Hamlet aujourd'hui ? "Avoir ou ne pas avoir? Telle est la question". Le vers d'Hamlet qui est "Etre ou ne pas être ? Telle est la question" est la seule voix qui résume une civilisation par la question. De là, et de là surtout, sa célébrité.

Dans une langue à déclinaison, ce serait la première fois que le vocatif supplanterait un nominatif philosophique (ce qui s'observe beaucoup plus fréquemment en poésie mais Hamlet est un philosophe, pas un poète).

La civilisation de Shakespeare est celle de l'être et s'oppose à celle de l'avoir qui règne aujourd'hui par l'entremise de l'argent. Hamlet n'attend aucune réponse parce qu'il énonce un principe de son temps. Devrait-elle prononcée par le spectre qu'elle lui importerait peu. Même, il la balaierait d'un soupir agacé qu'on adresse à celui qui ne comprend rien. Etre ou ne pas être établit le choix qui s'impose à l'homme Hamlet ainsi qu'à tous les hommes. Hamlet, c'est l'homme. C'est l'homme de l'être. Le synonyme de son choix : la vie ou la mort. Etre, car il n'existe aucune alternative. Sous-entendu : avoir est un non-choix qui conduit au non-être donc à la mort. C'est pourtant l'idée de tous ces yahoos de bobs avides de flouzes. Je m'imagine souvent en train de les gaver de billets de banque. Leurs larges fesses sur une chaise, je leur enfourne dans la gueule tout le fric après quoi ils courent. Jusqu'à les empailler et les confire dans leurs ambitions.

 

-Le 28/05/2015 - Delhi

 

Lectures sur Tchaïkovski

 

               La monarchie ou le tsarisme établissait de violentes lois répressives à l'endroit des homosexuels. Privation de droits suivie de déportation. Rarement appliquées. Dans les faits, les faits divers n'est-ce pas, l'homophobie ne s'exprimait pas parce que chacun attendait du pouvoir régalien qu'il appliquât ce que la loi promettait, à savoir la punition de l'homosexualité. Jamais contesté, qu'il sanctionnât ou pas, le pouvoir avait tranché et se maintenait.

               La démocratie rigolote-libertaire établit de violentes lois répressives à l'endroit des homophobes. Toujours appliquées. Comme celles qui protègent les homosexuels (redondantes ces lois, elles existent dans cette orgie juridique qu'est la démocrassie). Mais dans les faits, toujours les faits divers, l'homophobie s'exprime parce que l'état n'est plus homophobe (même si ce n'est logiquement pas lié à ce qui précède, je demande maintenant si l'état démocratique est homosexuel). L'homophobie n'est plus prise en charge alors le quelconque s'en mêle. Toujours contesté, le pouvoir rigolo provoque le contraire de ce qu'il escompte. Il ne décide plus et ne restera pas en place.

               Question taquine : un régime homophobe protège-t-il davantage les homosexuels qu'une guignolade homophile ?

 

-Le 29/05/2015 - Delhi

 

Avant le retour

 

               Il allait maintenant falloir rentrer, retrouver l'accent français, vivre aux flancs des autres frustrations qui génèrent la sienne, chercher à les dominer à mesure qu'elles s'échaufferaient au contact de ces êtres croisés, et parmi eux, de ces femmes pathétiquement névrosées et névrosantes. Toujours à faire la forte. Que leur coûte un regard qu'elles n'offrent que bourrées ? Un regard comme celui de ces occidentales de Chennai qui me reluquaient à la sortie de mon trois kilomètres-nage matinale (en une heure de temps s'il vous plaît). Que leur faut-il pour qu'elles s'abandonnent à un maltchik comme moi qui n'attend que ca ?! Et qu'on ne me parle pas du prix d'entrée de la séduction ! Je connais tout ca ! Praxis ! C'est qu'avec moi, c'est simple : on se plaît, alors allons-y ! Pas de temps à brûler, la vie s'en charge déjà ! Règle simple mais mon pays préfère la difficulté. Pourquoi en chialer après ? Ha...ca me rend mauvais. Je tourne con et "je ma la pète" comme ca dit. Rengaine du cynique qui est un romantique contrarié n'est-ce pas.

La chrimomancie enseigne que les petites excroissances de chair au milieu de l'avers de la dernière phalange, ce qui s'appelle singulièrement la goutte, sont autant de signes d'une grande sensibilité. Je les ai. Rondes et fines et non moins pleines. C'est avec elles que j'écris.

 

En vol

 

               Robert Schumann, grand angoissé, disait : "Quand plus rien ne m'inquiète, c'est ce qui m'inquiète".

Ce qui m'inquiète sur le vol du retour sont des touristes du sud de la France. Des retraitées avec l'accent fané. Elles sont placées autour de moi. Que l'une se lève, et c'est l'arthrose de la hanche mal soignée qui s'allie aux kilos pour ankyloser son mouvement. "Ha t'es ankylosée !" sur quoi je glisse un "Sans blague on s'en serait douté". Mais c'est sourd tout ca, ca n'entend rien, ca n'écoute que soi.

               J'écris ces lignes penché, car c'est penché qu'il faut écrire après avoir deviné debout. Je suis sportif autant qu'écrivain et ce sont ces deux activités qui m'aident à penser.

Cependant, les rombières de la classe moyenne secouent mon siège au moindre de leurs déplacements. Ca donne dans la soixantaine et la dizaine supérieure commence à tirer dessus, mais c'est malpoli comme un gosse. Et capricieux avec ca ! : ca ne tolère pas que l'autre, en l'occurrence moi, perturbe leur manège imbécile. Infâmes bonnes femmes. Elles puent. Surpoids sous maquillage qui accentue plus qu'il ne cache les ravages du temps. Leurs visages sont des terres séchées. Elles bavardent à l'octave de la mort. Elles sont le corps infraphysique de la classe de loisir française (Veblen). Elles trônent sur le tableau d'honneur du mauvais goût vestimentaire si caractéristique du touriste, ce contraire à la solitude du voyageur. Le touriste est la synthèse de la bêtise et de la grégarité humaines. Les commentaires des cinq idiotes le confirment lorsqu'un débat s'instaure au sujet des nuages que l'une confond avec les montagnes. "Puis-je lire mon livre en paix ?" "Elles ne sont pas jolies les montagnes." Je subis. Néanmoins : comment les en blâmer, et dès lors, pourquoi m'en plaindre ? J'appartiens comme les Indiens à une civilisation de la masse qui est plus démographique que démocratique. La loi du gros nombre s'étend et somme quiconque voudrait y échapper par l'esprit de s'y accoler par le corps via une obésité mentale. La masse pense en obèse et c'est ce schème qui engrosse les nourris de malbouffe. C'est pourquoi je finis par accepter leurs voix stridentes, leurs coups et leur discussion débile. Mon esprit s'échappe en rêvant de les abattre. Il faudrait les massacrer. Ca dégraisserait l'ambiance et le monde. Au motif qu'elles sont d'abjects personnages, bavasses, "lourds et épais" disait Céline, je te les supprimerais sans vergogne. Ce serait le moment d'ouvrir un Boris Vian. ET ON TUERA TOUS LES AFFREUX par exemple.

 

-Le 30/05/2015 - Paris

 

Film

 

               Un moyen de prolonger un voyage est d'en doper le souvenir en regardant un film le lendemain du retour. Cette année, je choisis L'ANNEE DE TOUS LES DANGERS. (L'an passé, j'avais visionné tous les James Ivory inspirés des romans de Forster).

               Dans L'ANNEE DE TOUS LES DANGERS, il y a ce nain photographe qui regarde les visages placardés sur le mur de sa chambre. Ce sont des habitants de Java, de pauvres types mâchés avant d'exister. La naissance est un acte de décès. Et ce nain dit "je regarde ces gens qui deviendront d'autres gens. Des gens vieux qui auront oublié leurs rêves, qui seront des fantômes." Le nain se lamente "Que peut-on faire d'autre ?" en citant Tolstoï que la misère de Moscou désespérait. Les bas-fonds. Gogol. Lénine et son "Que faire ?'" Et le nain frappe sa machine à écrire de ses doigts qui tentent d'hurler "Que peut-on faire d'autre ?" et il la fracasse de ses poings.

 

Oscar du meilleur second rôle, le nain est pourtant l'âme principale de ce film magnifique. Chef d'œuvre ! A voir. Les incultes connaîtront Sukarno, Bandung, le mouvement du 30 Septembre, le PKI, Soharto, bref : l'Indonésie comme origine du troisième et dernier bloc de ce monde : le tiers monde. Alors, à bob il faudra noter les références inconnues, en extraire la moelle qui l'orientera vers d'autres recherches de quoi émergera peut-être une synthèse, enfin une weltanschauung, c'est-à-dire une vision propre du monde. Peut-être comprendra-t-il qu'il y a plus de questions dans la vérité. C'est le nain expliquant que l'Occident n'a plus les réponses. Hamlet n'est-ce pas. Le nain est Hamlet. Mais, quand même l'absence de réponses est agaçante, elle sera toujours la réalité. Il faut vomir les certitudes parce que pire encore est l'absence de questions, laquelle s'enflamme au contact des bobs paresseux, ignares et baveux de leur ignorance. "Tu te poses trop de questions". Qu'ils sont sales. Qu'ils sont idiots. Gloire à ce nain plein de questions et sans réponses ! Ce nain qui meurt de voir l'ami en qui il a cru le sacrifier à sa carrière. Et ce nain qui lui sourit dans la mort. Quel film.

 

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Et comment que l'Aristo est de retour