25/03/2015
Crash crash boom boom - Le 25/03/2015
Le crash de l’Airbus A320 de la Germanwings ne laisse pas de choquer. Quoi d’étonnant ? Destins brisés ; familles détruites ; incompréhension des proches qui sont aujourd’hui dans une sidération qui est la première étape du deuil. Sur ce, les médias s’agitent. Il ne faut surtout pas filmer les parents éplorés alors que la priorité au direct est décrétée et assurée par force caméras. Sur place, on site, celles-ci guettent le pleur qui va bien tout en feignant la gêne de trahir l’engagement à ne pas déranger. Il y a du surprise surprise dans ces sur-prises sur le fait. Les reportages oscillent entre caméra cachée et film catastrophe. Le gland qui n’a lu ni compris Debord brandirait ici sa petite pancarte avec SOCIETE DU SPECTACLE inscrit dessus. C’est cependant un slogland de circonstances, lesquelles permettent par la tragédie du vol Düsseldorf-Barcelone le divertissement nécessaire à notre civilisation qui excelle à remplir le temps. Elle a intégré qu’il est vain d’essayer de le tuer alors elle le densifie. Je dis souvent que si le temps passe vite, il est dense en sorte qu’il dure parce qu’il passe dans beaucoup d’événements. Le fait raconté est le sucre de Bergson de l’information : il la fait durer. Aux chaînes d’info continue, c’est là une inconsciente raison d’exister supérieure à leur mission d’être. Si cette dernière est de tenir au courant, la finalité du continu est de tenir le courant du temps. C’est ainsi qu’il échappe moins au bob monde qui dépasse sans le savoir les lamentations poétiques du passé qui réclamait au temps de suspendre son vol. Le divertissement a toujours eu pour fonction d’aider à oublier la fuite des années. Qu’il soit devenu permanent est la victoire du bob monde.
En négatif, subsiste l’orgie d’émotions que déclenchent les accidents comme le crash d’hier. Toute tragédie tourne à la farce par les commentaires qui la rejouent. Les journalistes dépêchés sur les lieux comme une troupe d’élite lancée par sa direction d’effroi-major, agacent les côtés voyeurs de l’être humain qui se repaît des reconstitutions macabres. Tout rapport d’information ressemble à une enquête. L’article factuel n’existe plus. C’est que l’image ne rend plus compte mais représente ce qui est ensuite interprété. Que penser de ce ministre allemand qui parle de « la plus grande tragédie de l’Histoire de l’Allemagne » ? C’est certes faux : ce n’est qu’une traduction émue d’images assemblées au montage, et les bombardements alliés tuaient en une heure au moins autant d’Allemands que le crash – mais cette phrase de ministrel énonce et confirme ainsi que chaque redite de l’Histoire est une farce. Le ministre farceur exagère mais valide à son insu la prophétie de Marx l’historien. Dans ces événements, la facétie ne vit pas du désastre en soi mais de tous ceux qui entourent les cadavres : analystes, politiques, caméras. Il est humain de s’associer à la douleur des sinistrés mais il l’est encore plus de se détacher des galipettes bobiques s’écroulant sur le malheur d’autrui. Si les vautours ont bien une vertu, c’est celle de nettoyer, or en l’espèce, les bobs de la parlote salissent ce qui est crevé. Il n’est donc pas possible de les comparer aux charognards de tout poil. Ces derniers ajoutent l’horreur à la tragédie ; les bobs abondent par la farce via quoi ils s’avancent moins en comédiens ou comiques qu’en fourbes. Alors j’éteins ma télé passé la première écoute. Je laisse ces cons à leurs é-missions spéciales, eux, soldats de plomb d’un jeu de société sans règles.
L'Aristo prend le pouls du bob monde à peine plus joli que les victimes du crash.
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24/03/2015
L'esprit de la parlote - Le 24/03/2015
Le type est le sosie de Delarue. Même tête mignonne, cheveux ras, yeux M&M’s, lunettes carrées montées sur son nez rond. Son costume est ajusté sur un corps enfantin qui semble ne pas lui appartenir, comme s’il le prêtait ou le louait à autrui. Sa voix se pose sur des sujets creux qui empruntent leur gravité au débit verbeux. Il anime la réunion comme Delarue tenait ses émissions. L’un comme l’autre, ce sont les uniformateurs de l’esprit de la parlote sur quoi se pétrissent les caractères salariés. C'est-à-dire que l’attitude d’aujourd’hui appartient au personnage dynamique qui cache sous l’aspect débonnaire du clown-parleur les plus grasses ambitions. Grasses parce que communes à une masse obèse de sa démographie.
En apparence, le massifié est un gentil organisateur qui s’attache dans tout ce qu’il entreprend, de la réunion de famille au meeting d’informations, à ambiancer un atelier d’entreprise. Au vrai et partout, il en veut, a faim, a les crocs. Il est manager. Qu’il paraisse sympathique n’est pas étonnant parce qu’il est l’agent « ludificateur » d’une société de concurrence qu’il appelle un jeu. Le jeu de la concurrence n’est-ce-pas. Derrière les sourires, le jeu, et dans les coulisses du jeu, l’envie d’écarter le concurrent. Rien de nouveau. Classique mécanique de l’hypocrisie et de ses masques qui recouvrent les inconvenances. Un peu de principes économiques et c’est Byzance. A ceci près qu’aucune civilisation n’avait jusqu’à présent mis autant de cœur à disnyelandiser ses apparats tout en durcissant son fonctionnement bien réel de l’acharnement de tous contre tous.
Son visage s’observe dans les trognes spectaculaires façon Delarue. L’homme Delarue se réduit en effet à une bobine de médiation entre l’observateur observé (ou managé) et le système d’observation, qui télé qui boîte du CAC. C’est un homme médiateur que le langage commun reconnaît dans l’homme de média ou de spectacle, fêtard idiot que sont aussi bien les animateurs de talk-show que les gestionnaires d’équipes en entreprise. Un manager est spectaculaire : il est l’écran que la hiérarchie place entre chacun de ses échelons. Il est un nœud d’accumulation salarial au point qu’il devient l’image du capital. Il le représente avec un zèle tel qu’il ludifie ses lieux d’expression comme un général pacifie les champs d’agression. Dans ce jeu de dupes, la réunion ou l’émission télé est un bal masqué où les chroniqueurs font vivre l’esprit de la parlote dans des sujets à la mode matinale de l’info. Il s’agit de faire circuler du vide ; alors est convoqué le bruit. Charge au médiateur d’encadrer les échanges voire des débats à quoi personne ne croit. Du moment que son rôle est tenu...Souvent, les jeux sont faits parce que c’est le plus spectaculaire de l’instant qui détient la martingale. C'est-à-dire que la plus bonne image, et uniquement elle, est appréciée à condition de sourire aux bons médiateurs. Partout, de l’open-space au plateau, il faut se médiatiser. Dans LA CULTURE DU NARCISSIME, Christopher Lasch prévoit que la visibilité sera la qualité principale du bob accidental. C’est désormais le cas. La société du jeu affecte à tous la même partition. Elle ne récompense que la mise en avant qui remplace de facto la mise en abîme des civilisations antérieures par quoi s’enseignait le souci d’autrui. La monstration de l’ego provoque la mort de l’autre ce qui renforce l’individualisme que récompense l’esseulement. C’est la terrible conséquence du jeu médiatif que de se conclure dans la solitude. Au vrai, le spectacle n’est que regardé à défaut d’être vu. Le film HER propose un avenir à cet Occident atteint de parlote qui finit par baiser avec son ordinateur qu’il a programmé à son image. Incapable de se masturber, comme s’il ne s’abîmait plus en lui, il se rendrait visible par le truchement de l’écran aux autres ET à lui. Il faut bien le film BIG EYES, tout juste sorti, pour remettre un peu d’humanité dans tout ca. Seulement Keane vendait ses gros yeux il y a plus de 50 ans...
L'Aristo dit que c'est une croûte mais que les gros yeux ont marché dans le bob monde en gestation, encore enfant, qui commencait de fermer les siens.
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23/03/2015
Bob délivré - Le 23/03/2015
J’écrivais Vendredi que dans DELIVRANCE, le sodomisé campe le bob intégral. Quel ne fut mon amusement de constater hier que son nom est Bobby, dans le livre comme dans le film. Comme quoi… J’avais oublié ce point rigolo et c’est bien dommage car cela aurait enrichi mon texte.
J’ai l’impression que la syllabe bob a ceci d’universel que sa prononciation suffit à en faire une insulte. Bob est une humiliation phonique. Une sorte de crachat élaboré. Et pas que chez moi ! Les pays arabes appellent leur chien bobby et choisissent en bob l’injure la plus simple. Elle sort vite comme si l’instinct vivait dans la langue. C’est l’abstraction du réflexe que la grammaire identifie dans l’interjection.
Aux US, le diminutif de Robert réduit moins un prénom qu’une personne dont la bêtise est énoncée en deux lettres. Lewis Sinclair, avec BABBITT, écrit dans les années 20 l’histoire des roaring twenties qui marquent l’avènement de la classe moyenne et de son peuple petit-bourgeois. Or il choisit par paronymie explosée d’appeler son héros Babbitt. Comme mon Bob, Babbitt est l’individu postmoderne dont l’horizon est son confort mesquin.
J’ai choisi Bob pour ridiculiser à la fois l’américanisation des esprits salariés d’Occident et la stupidité des bobos, eux-mêmes diminués en bob par mon prénom clé. Physiquement, Bob ressemble au sodomisé de Délivrance. Une fois pénétré, il est possible de le genrer, ce qui conduit à Bobby, prénom de clebs qui ne contredit pas l’idée que tout se vaut, parce que nous sommes tous des animaux.
En ce qui concerne le viol homosexuel : serait-ce la justification du titre ? C'est-à-dire : Bobby se délivre-t-il de ne jamais avoir viré sa cuti en étant enfifrené sur un tronc ? J’évoquais cela à demi-mot dans mon dernier billet, or après réflexion, je ne crois pas que ce soit si bête. C’est que dans certaines tribus, « le rituel du sperme » comme c’est appelé valide le passage à l’âge adulte, et en l’espèce, Bobby, enfant du loisir, devient enfant de l’homme. Le lait paternel n’est-ce-pas. La formule ne manque pas d’étonner mais elle contient le symbole de ce rite sauvage qui confronte l’enfant à la violence de la nature qui rend adulte. La nature n’est pas forcément féminine. Il y a trop de primitivité dans la scène du viol pour manquer cette interprétation. C’en est une parmi d’autres et le simple fait de l’écrire ajoute au mystère qui l’entoure. Si DELIVRANCE reste un monument du cinéma, c’est parce qu’il fait parler. Que je bavasse... !
Et puis Bob sans genre devrait apprécier cette approche d’une filiation par la fesse. C’est une scène politique vue d’aujourd’hui. L’enfant de l’homme, allons. Ca confère au geste une humanité que la révulsion première ne voit pas. Le spectateur parvient difficilement à soutenir le spectacle de Bobby qui se fait percer, d’autant plus qu’il est sommé d’imiter le bruit d’un porc. C’est dans ce cri qu’est rappelé que la sodomie non consentie est une sanction de domination animale – ce qui assure que l’homme des bois n’est qu’une bête sauvage (immonde ?). Le dominant babouin encule le singe vaincu ce qui ôte à la victime le besoin de le défier. L’enculé est libéré d’une obligation d’instinct qui lui indique la place à tenir. Il va y grandir et s’y développer pour s’astreindre à un rôle nécessaire au juste fonctionnement de sa tribu. C’est une façon de civilisation sans structure psychanalytique grâce à quoi l’homme s’est affranchi de cette violence obligatoire. Freud offre à ce sujet de lumineuses intuitions dans son MALAISE DANS LA CIVILISATION. Il remarque que la station debout s’accompagne d’un développement du cerveau et de la séduction par la vue, c'est-à-dire que ce n’est plus l’odeur qui sollicite le rut mais l’apparence, d’où s’ensuit le symbolisme, donc une puissance d’abstraction qui intègre la violence des instincts qui ne s’exerce plus sur autrui. C’est ce qui manque à l’homme des bois. Trop sauvage, la pulsion de mort lui est un réflexe autorisé au lieu d’être interdit. Il est rien moins qu’un singe. En ce sens, Bobby est aussi l’enfant-singe, réduction !, et même s’il devient l’enfant de l’homme et donc un homme, il peut tout de même s’appeler Bob.
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