20/03/2015
Cinéma : DELIVRANCE - Le 20/03/2015
Un grand film : DELIVRANCE. Burt Reynolds est jeune, il est la star d’Hollywood, il obtient le rôle-phare. C’est dans BOOGIE NIGHTS qu’il tiendra de nouveau son rang 20 ans plus tard.
DELIVRANCE est tiré du livre écrit par James Dickey. Dans une Amérique capitaliste qui fait triompher la ville, sont installés les hippies. Ils sont gamins, poilus, ont des idées plein les pieds et aiment la nature. Leur romantisme en peau de lapin est un hédonisme qui croit aux anarchies du corps. Ce ne sont pourtant que les cœurs de l’impulsion libertaire dont le capital a besoin pour moraliser son nihilisme marchand. Bien qu’il soit éculé, l’idiot utile de Lénine les décrit à la perfection.
Les hippies se revendiquent des beatniks, citent Jack Kerouac, parlent de voyager et prônent un laisser-aller fleuri. Pourtant, SUR LA ROUTE est un récit de la terre qui annonce les écrits d’un Kerouac en quête d’enracinement. Non, Kerouac n’est pas nomade, c’est un sédentaire qui se cherche. Lui ne se fuit pas. Il sait l’importance des étendues arides dans la construction de l’identité etatsunienne. Les hippies se trompent donc quand ils se réfèrent à un écrivain qu’ils n’ont pas lu. SUR LE GAZON : titre possible de l’épopée rigolote de ces débiles en jupe.
A l’ombre d’eux-mêmes, ils sont les vieilles filles d’une civilisation en train de crever sous la marchandise. S’ils sentent l’absurdité du processus matérialiste, à la façon d’un chien qui perçoit l’orage ou d’un romantique se méfiant des industries machiniques, ils se contentent d’activer leur queue et de fuir sous les arbres. La nature est forcément jolie, elle est gentille, et la ville est méchante. En elle circulent informations et capitaux. Ce n’est pas la bonne liberté ! La critique est correcte mais paresseuse. Elle rend impossible toute abstraction nécessaire à une analyse qui conteste-rait vraiment. Que propose la leur sinon de se droguer, donc de se détruire pour abattre un capitalisme qui n’en demande pas tant ? Les hippies fêtent la vie au lieu de combattre la mort. Et encore, ils se plantent, parce que la nature n’est pas la vie : si elle la donne, elle la reprend comme elle veut – et ils s’emballent avec leur mouvement qui rejette toute civilisation. Parce qu’en oubliant le besoin de s’élever, ils anéantissent la morale par leurs agitations. La nature qu’ils finissent par glorifier devient leur totem qu’ils entourent du tabou de la civilisation confondue avec la ville. Exécrant celle-ci, ils décident d’écarter la culture. Ce sera la nature sinon rien. Alors il est possible de ne plus penser ; et puis ne plus penser est en soi une pensée puisque c’est le résultat d’une réflexion première. Procédé commode bien que stupide et rigolo. D’où vient cette mêlasse mentale ? Mélange consécutif à l’acide qu’ils s’enfilent comme un soudard sur la gueuse ? Ou répétition du Mai 68 français dont le premier échec sera l’impossible alliance entre les paysans et les étudiants ? C’est qu’au fond, les hippies sont des urbains qui fantasment les ruraux. Et c’est là qu’intervient James Dickey.
Ce pilote de chasse est sorti vivant de la seconde guerre mondiale et de celle de Corée. C’est aussi un poète et un écrivain qui ne se laisse pas embobiner par les lubies hippies. DELIVRANCE est son chef d’œuvre que la littérature américaine place parmi les 100 plus grands livres de son XXème siècle. Dickey, qui interprète un chérif dans le film, observe que les hippies sont les agents moraux du nihilisme. Leur code de conduite, musical ou vestimentaire, anime une agitprop en train de créer le marché du cool. La nature est fun, la nature est soft. Bâtir dessus serait une erreur comme il faut déconstruire l’existant ; or Dickey considère qu’à l’inverse, les bâtisseurs sont les vainqueurs d’une nature si hostile qu’il faut les saluer.
Les hippies ne sont pas naturels mais les artificiers d’une guerre civique en plastique. Ni homme ni animal, ni urbain ni rural, ni quoi ni médian, ils sont sortis de tout et ne font rien. Ils se fabriquent et se réinventent. Ce sont des bêtes au sens qu’ils appartiennent à la bêtise privée d’instinct. Ce ne sont pas des déséquilibrés car ils ne connaissent plus l’équilibre contraire mais des aliénés qui crient liberté. Ils sont les derniers gars du capital que l’internet recycle en friends. Bientôt, Charles Manson, le plus halluciné d’entre eux, révèlera leur point d’incandescence. Dans LES PARTICULES ELEMENTAIRES, Houellebecq, qui déteste dans les hippies ses parents Woodstock, établit la dérive meurtrière d’un hippie qui sectionne à la tronçonneuse le pénis d’un supplicié. C’est l’idée du patriarcat, socle d’une civilisation à abattre, qui est castrée par ce malade. La nature est dangereuse, la preuve, et c’est le propos de DELIVRANCE.
Le début du livre est un cassage en règle d’une civilisation du confort. Mal comprise par les chevelus, cette dernière tourne à la tyrannie du plaisir après que les hippies se furent enflammés dans leur laisser-faire. Dickey choisit un narrateur du tertiaire qui déplore la faiblesse dans quoi les assis sont cantonnés par le capitalisme de bureau. Mal bâtis, certains choisissent d’abandonner le combat pour la lutte simili-marxiste des libertés sexuelles. Naturisme de circonstance. D’autres pensent ; ils ont fait la guerre ; il se plaignent mais optent pour le combat. L’ami du narrateur est ce combattant qui lui propose une virée dans la nature. Il s’agit de s’endurcir et non d’hennir.
Le groupe s’étoffe. Il est constitué du narrateur, un homme de la classe du loisir qui est cette classe moyenne hésitant entre la nature et la culture ; de Burt Reynolds, homme de sport et rompu à l’aventure sauvage et solitaire; d’un artiste à guitare, hippie triste ; et d’un bob total, flasque et bête. Les types veulent descendre une rivière traversant une vallée qui sera bientôt engloutie. Ils sont confrontés à la nature végétale et humaine.
Il y a deux scènes cultes dans lesquelles Dickey donne cours à sa voix moqueuse. Il y raille les béatitudes hippies qui se roulent en pâmoison sur les pelouses où ils trahissent la mémoire des constructeurs, les pères, en prenant le parti du présent des destructeurs, les potes, sans s’aviser que le jardin d’Eden abrite un serpent.
Il y a la scène du banjo.
Le groupe fait le plein d’essence avant de poursuivre jusqu’à l’embarcadère. Les compagnons se trouvent au cœur de la campagne. Milieu sec, aride et vert. L’artiste du groupe joue timidement de la guitare en faisant face à un garçon tenant un banjo. Ce dernier surplombe l’autre depuis son balcon ce qui situe déjà le rapport de force entre les deux personnages. Deux mondes se frottent. L’un terrasse déjà.Le banjoïste est consanguin et concentre par là, à l'extrême et avec violence (génétique, donc malchance) toute l'arriération de la campagne. L’urbain est tenté de le mépriser en l'enfermant dans sa ruralité tarée. Le guitariste, pour sincère qu'il est, défie moins le banjo qu'il veut communiquer avec lui. Le banjo le surprend car il accepte mais surtout car il le provoque à mesure que le morceau avance. À la fin, le joueur de guitare dit "I'm lost" parce qu'il est battu par le déferlement d’accords. La guitare est lente et criarde malgré une richesse de cordes. Le banjo est vif et spontané malgré sa résonance maigre.
Le banjo figure la nature hostile qui se laisse approcher pour mieux frapper et gagner ses duels. En même temps, ce banjo chante l'impossibilité de communiquer entre la ville et la campagne, la nature et la culture, la barbarie et la civilisation. C’est néanmoins possible par la musique, moyen primitif en comparaison du langage, d'autant plus avec un banjo qui permet peu d'accords - et donc par l'instrument (ca rappelle le film MISSION dans quoi le missionnaire amadoue les sauvages par sa flûte). Tout ceci cache une violence que la scène révèle à proportion de son déroulement. A sa fin, le joueur de banjo a la victoire mauvaise parce qu’il refuse de regarder et de serrer la main du vaincu : ses yeux fermés de consanguin sont rétifs à l'échange à quoi il ajoute l'économie du geste. Il lui est impossible de parler au hippie mal dégrossi qui croit au bon sauvage. Le banjoïste est une nature laide et hostile. Cette scène annonce que le voyage sera d'abord heureux avant de tourner à la tragédie. Elle énonce aussi qu'avec un outil supérieur que métaphorise la guitare, l'urbain se fera siffler par l'agilité en apparence inférieure des banjos. Cependant, en marge de la joute des cordes, un vieillard avait dansé et quand il s'anime et prend vie aux sons du banjo, c’est la nature qui appartient totalement aux locaux. Le vieux se félicite de la folie du mioche qui massacre la guitare bonasse. La civilisation qui se réprime et se nie contient en germe sa défaite que la nature fait pousser.
Il y a enfin la scène du viol. Elle est racoleuse mais pour les années 70, elle n’est pas banale en sorte qu’elle appartient désormais à la mythologie US.
Le bob et le narrateur sont séparés des deux autres après un passage accidenté. Ils accostent le rivage. C’est alors la mauvaise rencontre : deux hommes des bois surgissent. Le bob est aussitôt sodomisé. Son humiliation heurte le spectateur comme le lecteur. Sous le choc, l’un ou l’autre réalisent l’imposture d’une nature gentillette. Elle est restée barbare et ne pardonne pas au civilisé ayant renoncé à toute notion d’épreuve. Le bob et le hippie sont l’avers et l’envers de la médaille qui parie sur le confort guilleret. Le premier se colle des post-its sur le front tandis que le second se fiche des fleurs dans les cheveux. Au bout, la punition est la même : enculade sauvage. Il est du reste acté aujourd’hui que le bob et le hippie fusionnent dans le projet capitaliste. Désir et séduction sont les maux d’ordre d’une consommation ludique et sans complexe qui convainc ces deux archétypes. Ceci conditionne le renoncement à soi en tant qu’homme. Une fois consommateur compulsif, nul ne pense - pas plus qu’il ne se renforce. Et à s’enfoncer dans un confort physique et mental, il se fait pénétrer. C’est précisément ce qu’un militaire comme Dickey entend démontrer dans son livre et dans la scène si crue d’un viol homosexuel. La ville a mal, et la campagne se soulage.
Il s’agit de se méfier des bons sentiments qui n’ont jamais fait de la bonne littérature comme ils ne feront jamais de grande civilisation. Une grande civilisation s’épanouit dans un équilibre entre nature et culture, soit entre animalité et humanité. Tout excès est sanctionné. Le bob nie son animalité dans son quotidien de bureau. Le hippie oublie son humanité dans son quotidien de jardin. C’est pile et face ! Et aujourd’hui, tous deux oublient leurs deux côtés dans la routine de la consommation.
Dans la scène, c’est une fois percé que le bob met en acte sa soumission de puissance. Ce gras du bide est sauvé par Burt Reynolds, le plus homme, le plus fort, parfait équilibre entre sauvagerie et civilisation, point de concours le plus haut entre nature et culture. Facon de surhomme. C’est le vir qui tue la raclure de sa flèche avant d’accabler de son mépris le lâche qui s’est mis à quatre pattes (c’est d’ailleurs cette position animale qui opère chez le bob un violent retour (salutaire ?) à l’animal qu’il a tué en lui).
L’équipée sauvage consacre plus loin le narrateur qui secourt Burt Reynolds en passe de se noyer. S’il y a de la grandeur dans l’échec de la force, Dickey rappelle que le meilleur d’entre tous s’appuie aussi sur les moins bons. En sorte que c’est finalement l’entraide qui permet à l’homme de s’élever davantage et de s’arracher à la nature puissante. Le narrateur sort d’une épreuve comme d’un rite initiatique adolescent et devient homme au contact de son mentor qu’il retire des eaux. Il y a là la mécanique païenne de la tribu, c’est l’au-revoir à Gaia ; associée à la liturgie du baptême chrétien, elle suit en accéléré la progression des sociétés humaines. Le narrateur est allé au-delà de lui-même. En sortant de soi, il échappe à son confort et tue ses doutes initiaux. S’il manque au début de basculer dans le bobisme intégral, il retrouve le vrai chemin à l’issue de son aventure. C’est un civilisé. Il est quelqu’un de beaucoup.
Le ton adopté par James Dickey n’a rien à voir avec l’éclair primesautier des voyages initiatiques. Pourtant, son livre en est un. C’est que le narrateur et le bob sont jeunes car jamais formés. Ils sont littéralement vierges. Ils sont les enfants du capitalisme ouatiné qui maintient dans le principe de plaisir les individus restreints à des pulsions jamais assouvies. C’est aussi en cela que le bob et le narrateur sont semblables aux gosses hippies rêvassant à la nature comme un ado devant une pin-up qu’il ne sautera jamais. Ils sont les infants bâtards d’un régime sans roi ni transcendance. L’absence de sacré infantilise et crée des frustrés. Bob désire-t-il en secret virer sa cuti ? A cette incertitude, s’oppose la certitude que le narrateur souhaite changer. Chassez le surnaturel, la nature revient au galop – et les hippies hululent à la vue d’un tronc.
Houellebecq, que j’ai déjà mentionné plus haut, conclut parfaitement ce médiocre hommage à Dickey :
Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s’extasient devant le terrier d’un lapin
Car la nature est laide ennuyeuse et hostile
Et n’a aucun message à transmettre aux humains
En fait , un livre-un film découragent tant l'analyse révèle ce qu'il faut imaginer en amont pour produire du grand.
Mais les artistes ont-ils pensé ce qui est analysé ? Leur art les dépasse-t-il ? Où se situe le génie : au-dessus ou au-dessous ? Homme des bois ou bob à genoux ? Le nullard n'est-il justement pas ce présomptueux qui se place en avant quand le talent s'efface avec humilité ? Ce bon vieux Dickey...
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17/03/2015
Bref de bourgeois - Le 17/03/2015
Assurément, le bourgeois n’est pas un styliste ; certes il écrit mais c’est comme il pète : en respectant les règles du silence. Aucun mot plus haut que l’autre, c’est l’homélie de famille, s’agit de s’assurer que tout soit saisi. Simple. Bienséance de l’esprit fessier.
Le bourgeois prend la plume pour défendre ses intérêts de classe. Il conserve ce qui l’arrange, critique le progrès trop rapide, bref : il tempère. Sa grammaire suit une ponctuation intacte. Le vocabulaire gonfle un derche lexical qui tantôt constipe le lecteur, tantôt le purge. Ses phrases s’éternisent dans les vesses de ses idées, c'est-à-dire que nul n’y entend rien mais tous sentent les scories. Le raisonnement s’affaisse au bout de deux lignes si bien qu’il ne dépasse jamais l’introduction ; en d’autres termes : il disparaît juste après s’être annoncé. Une ombre. Le bourgeois est bien réel lui, enrobé dans sa graisse, pourtant il ne produit de concept que le reflet de sa silhouette, soit une réflexion bonhomme qui invente le conte pour adultes.
L’écrivain bourgeois exerce aujourd’hui le métier d’avocat. Il pose ses chroniques dans le FIGARO qui lui réserve une tribune dans la colonne VOX. La voix. C’est ici qu’il faut rire et comprendre l’ironie du latin qui remplace le fion par la bouche afin de faire oublier ce qui aurait dû être le FIGARO PET. Les chroniqueurs y récitent leur prêche à sous-race (j’entends ici les bobs de droite qui réfléchissent aussi mal qu’un miroir ancien). La loi et l’ordre. C’est effectivement l’assise de la civilisation. Sur le principe, aucun problème. C’est le conte-rendu bourgeois qui est gênant parce que ce faiblard en hermine ne se réfère qu’aux droits de l’homme, lui, l’homme de droit. Ejaculat qui goutte fragile. Que ne mentionne-t-il pas la barbarie qui précède toute société ? Ne se figure-t-il pas que les moyens de la maintenir sont ceux-là mêmes qui l’ont créée ? Nenni. Respect, componction, retenue, valeurs occidentales caviardées dans le slip de l’avoué. Le pire ? Taubira, rataubi, l’hénaurme du prétoire, pot à merde abandonnée par Pantagruel. Car il y a du Rabelais dans le physique du garde des sceaux qui produit des lois comme des romans de gare de sots. Satané monstre ! Et que ca cite Césaire et Fanon avec la morgue du bourgeois sachant ! Foi dans le désordre, oui. Le moins mauvais ? Bilger, Philippe de son prénom, le grassouillet du barreau. C’est la lopette de Zemmour qu’il défend comme une femme rédige une pétition en faveur de l’épilation. Je sais qu’il écrit mais c’est plat comme un pubis avec un accident de saveur au milieu qui fait cesser la lecture. Toujours paré de ses vêtements à la mode salope des chambres des communes. Car il y a de l’anglais chez cet abruti. D’où tiendrait-il autrement sa façon de penser habeas corpus, ce droit de l’homme du pauvre, sur quoi il construit ses paragraphes de première de classe ? Il régurgite, comme tout bourgeois. Aucune vision, foin de grandeur, rien rien rien, au piquet et vive le peloton des cons !
L'Aristo regarde tes petites mimines et pense que tu incarnes le sous-homme parlementaire.
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16/03/2015
Brèves de bourgeois - Le 16/03/2015
-Le bourgeois pense à quatre pattes et remue le sol au lieu de renifler les hauteurs. Ses abstractions sont dans le sale. Habillé, tout plein de lui-même, je veux dire dans le concret qu’il initie comme il abstrait, il se déplace en tête-à-cul qu’il donne pour se faire prendre : comme la femme, c’est ce qu’il préfère et comme elle, bien qu’il réclame l’égalité, il reste soumis à l’endroit de toutes les vérités : au pieu. Le lieu des révélations. Le sanctuaire des confessions où l’enseignement de l’esprit, le sacré !, rejoint la nature des initiés. Instincts, comportement et attitudes : le lit dit tout de la trinité. Le bourgeois s’y rend comme une pute à confesse s’apprêtant à tendre l’instrument des aveux.
Il faudrait donc penser à renommer l’avoué en avouant parce que l’avoué personnifie ce bourgeois confessé, être juridique et parlementaire qui est ce rond de flanc à la fesse tendue d’où sort la morale bourgeoise et son primat du droit sur la force. Dieu que je hais le bourgeois et sa fesse commerçante.
-Le bourgeois encourage les activités : c’est l’écorce de son âme commerçante. Elles protègent sa classe des assauts extérieurs et déroulent sa domination. Cependant, il dit point trop n’en faut parce que passé un certain seuil (dans l’intensité et sa répétition),toute activité lui paraît subversive. Le bourgeois a ses manies de grand-mère qui connaît les bienfaits de la vie et les méfaits de l’excès. Le grand âge se protège et parce que le bourgeois naît vieux (à l’inverse des aristocrates il transmet par la mort et non par le sang), il favorise la componction et la retenue. Il contrôle. Il réfrène. S’il n’est pas inquiet, c’est qu’il se méfie. C’est ainsi qu’il évite le subversif - qui est subversif dans son esprit fessier parce qu’il exagère une entreprise de création. Ainsi, lire, c’est bien, mais un grand lecteur perd son temps, pire : il cache un esprit altier, soit un contestataire de l’esprit fessier. Un entrepreneur trop enrichi est un bandit, un voleur. Un soldat trop guerrier est un criminel. Un séducteur trop doué est un libertin. Point trop n’en faut excepté dans la fesse levée : là, le bourgeois n’en a jamais assez. Oublier de le rosser est une erreur double parce qu’elle ôte au bourreau un plaisir moins grand que celui de sa victime.
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