23/03/2015
Bob délivré - Le 23/03/2015
J’écrivais Vendredi que dans DELIVRANCE, le sodomisé campe le bob intégral. Quel ne fut mon amusement de constater hier que son nom est Bobby, dans le livre comme dans le film. Comme quoi… J’avais oublié ce point rigolo et c’est bien dommage car cela aurait enrichi mon texte.
J’ai l’impression que la syllabe bob a ceci d’universel que sa prononciation suffit à en faire une insulte. Bob est une humiliation phonique. Une sorte de crachat élaboré. Et pas que chez moi ! Les pays arabes appellent leur chien bobby et choisissent en bob l’injure la plus simple. Elle sort vite comme si l’instinct vivait dans la langue. C’est l’abstraction du réflexe que la grammaire identifie dans l’interjection.
Aux US, le diminutif de Robert réduit moins un prénom qu’une personne dont la bêtise est énoncée en deux lettres. Lewis Sinclair, avec BABBITT, écrit dans les années 20 l’histoire des roaring twenties qui marquent l’avènement de la classe moyenne et de son peuple petit-bourgeois. Or il choisit par paronymie explosée d’appeler son héros Babbitt. Comme mon Bob, Babbitt est l’individu postmoderne dont l’horizon est son confort mesquin.
J’ai choisi Bob pour ridiculiser à la fois l’américanisation des esprits salariés d’Occident et la stupidité des bobos, eux-mêmes diminués en bob par mon prénom clé. Physiquement, Bob ressemble au sodomisé de Délivrance. Une fois pénétré, il est possible de le genrer, ce qui conduit à Bobby, prénom de clebs qui ne contredit pas l’idée que tout se vaut, parce que nous sommes tous des animaux.
En ce qui concerne le viol homosexuel : serait-ce la justification du titre ? C'est-à-dire : Bobby se délivre-t-il de ne jamais avoir viré sa cuti en étant enfifrené sur un tronc ? J’évoquais cela à demi-mot dans mon dernier billet, or après réflexion, je ne crois pas que ce soit si bête. C’est que dans certaines tribus, « le rituel du sperme » comme c’est appelé valide le passage à l’âge adulte, et en l’espèce, Bobby, enfant du loisir, devient enfant de l’homme. Le lait paternel n’est-ce-pas. La formule ne manque pas d’étonner mais elle contient le symbole de ce rite sauvage qui confronte l’enfant à la violence de la nature qui rend adulte. La nature n’est pas forcément féminine. Il y a trop de primitivité dans la scène du viol pour manquer cette interprétation. C’en est une parmi d’autres et le simple fait de l’écrire ajoute au mystère qui l’entoure. Si DELIVRANCE reste un monument du cinéma, c’est parce qu’il fait parler. Que je bavasse... !
Et puis Bob sans genre devrait apprécier cette approche d’une filiation par la fesse. C’est une scène politique vue d’aujourd’hui. L’enfant de l’homme, allons. Ca confère au geste une humanité que la révulsion première ne voit pas. Le spectateur parvient difficilement à soutenir le spectacle de Bobby qui se fait percer, d’autant plus qu’il est sommé d’imiter le bruit d’un porc. C’est dans ce cri qu’est rappelé que la sodomie non consentie est une sanction de domination animale – ce qui assure que l’homme des bois n’est qu’une bête sauvage (immonde ?). Le dominant babouin encule le singe vaincu ce qui ôte à la victime le besoin de le défier. L’enculé est libéré d’une obligation d’instinct qui lui indique la place à tenir. Il va y grandir et s’y développer pour s’astreindre à un rôle nécessaire au juste fonctionnement de sa tribu. C’est une façon de civilisation sans structure psychanalytique grâce à quoi l’homme s’est affranchi de cette violence obligatoire. Freud offre à ce sujet de lumineuses intuitions dans son MALAISE DANS LA CIVILISATION. Il remarque que la station debout s’accompagne d’un développement du cerveau et de la séduction par la vue, c'est-à-dire que ce n’est plus l’odeur qui sollicite le rut mais l’apparence, d’où s’ensuit le symbolisme, donc une puissance d’abstraction qui intègre la violence des instincts qui ne s’exerce plus sur autrui. C’est ce qui manque à l’homme des bois. Trop sauvage, la pulsion de mort lui est un réflexe autorisé au lieu d’être interdit. Il est rien moins qu’un singe. En ce sens, Bobby est aussi l’enfant-singe, réduction !, et même s’il devient l’enfant de l’homme et donc un homme, il peut tout de même s’appeler Bob.
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