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18/12/2015

Le roi Lear - Archétypes et théories - Le 18/12/2015

Pat Poker

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        Amanda Lear...

        Il y a sept ans déjà que je croisais cette chose au Mathis bar où un pédé qui m'avait à la bonne me faisait rentrer. Une espèce de Dave bronzé. Un architecte. J'y ai vu les pires fétiches de la marchandise - de la mannequin qui te regarde sans te parler et te parle sans te regarder à Massimo Gargia en passant par les acteurs cokés. Poelvoorde, Baer, Beigbeder, Cluzet, Canet, Bedos. Tous ces types « charmants ».

C’est dans ce bar que Beigbeder a rencontré Sagan en lui déclamant la première phrase de BONJOUR TRISTESSE. Cette vieille chouette se poudrait le nez sur le zinc. C’était une habituée. Poelvoorde, lui, se ruait dans les chiottes pour se fracasser le crâne sur la tuyauterie après s’y être défoncé. Il finit par trop déranger les clients de l’hôtel et devint non grata. Beigbeder l’explique dans son journal intitulé L’EGOISTE ROMANTIQUE. Il y raconte ses soirées de branleur et le mépris qu’il en tire pour le pékin qui bosse à La Défense. Il peut, aucun reproche, si ce n’est qu’il omet d’avouer qu’il a volé son titre à l’écrivain qu’il admire le plus après Salinger : F.S. Fitzgerald. FSF est une manière de Holden Caulfield, donc Beigbeder est cohérent dans ses goûts. FSF commit son premier roman avec L’ENVERS DU PARADIS. Quel titre n’est-ce pas ! Il le choisit à la place de L’EGOISTE ROMANTIQUE qu’il réservait à son chef-d’œuvre qu’il n’écrirait jamais. Il n’en trouva pas le temps : il mourut à quarante ans, seul dans une chambre de bonne à Los Angeles où il pondait des scenarii pour Hollywood qui recyclait aussi Faulkner. Il fut trouvé sur son lit, cloué dans une mort de « loser ». La femme de FSF mourrait folle huit ans plus tard dans l’incendie de son asile. Zelda Fitzgerald et FSF sont le couple qui inspire le livre TENDRE EST LA NUIT. Quel titre encore ! Et quel livre. Et oui, que la nuit sait être tendre. J’imagine que Brad Pitt et Angelina Jolie cherchent à ressusciter le couple Fitzgerald dans le film VUE SUR MER qui est actuellement en salles. Ces deux personnages, écrivains, perdus sur un balcon de la Riviera, c’est précisément FSF et Zelda.

        Je trainais donc au Mathis. De vingt-cinq à vingt-six ans, je m’y jetais trois fois par semaine et souvent le week-end. J’y allais seul. Je retrouvais à l’intérieur le Dave bistre. Le gnome physionomique de l’entrée, qui oscille entre le bistouri et le silicone, me laissait passer. J’étais timide et effacé mais je lui plaisais. « Y’a mieux que toi mais c’est que t’es pas mal ! » Il paraît que ce monstre est une institution à Paris. Ce qu’il ne faut pas entendre. Les Parisiens se nourrissent de ces petites convictions par quoi ils se gonflent d’importance en en accordant à ceux dont ils pensent être l’ami. En ce temps-là, j’entrais surtout dans la vie active. Je refusais le travail qui allait me bouffer et qui continue de me bouffer. Le Mathis était un coin de renfrogne entre paumés. Puis un jour, je cessai d’y aller. Je lisais trop et je voulais écrire. Et je n’apportais rien à la nuit. Personne ne m’y rencontrait. Alors je m’enfermai dans mon appartement jusqu’à trente-et-un ans. Sorties rares, des livres, du sport, peu de société. Résultat : un blog péremptoire animé par un odieux Aristo qui véhicule des « théories de merde » - et le travail qui est devenu job puis taff puis moi donc nul.

Mais rien n'égale encore mon étonnement quand débarquait au Mathis bar Amanda Lear et que tonnait sa voix de stentor. Cette hommasse accusait une tête de retard mais me mettait une largeur d'épaules. Je n'ai jamais connu plus canular que cet homme défait dont tout le monde accroit que « c'est une belle femme ». C'est une horreur, une horreur que la farce produit lorsque nul ne sait plus s'il doit rire ou pleurer. C’est un taff. Le roi Lear comme on l’appelait est la prosopopée du taff. « T’es qui toi ? »  qu’il m’avait demandé. J’avais marmonné mon prénom. J’aimerais pouvoir écrire ca : « Personne » avais-je rétorqué. « Comme le cyclope ? » « Non, comme Terence Hill dans le western ». MON NOM EST PERSONNE avec Henry Fonda et l’acolyte de Bud Spencer. Ca en jetait plus que de la mythologie pour gamins de six ans. Mais je n’ai pas le talent d’amener les conversations où je veux. Quand un gars est coincé entre le seuil de lui-même et la porte des autres, il fait ce qu’il peut et écrit moyen. 

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        Je théorise les relations humaines et cela m’est souvent reproché. Il suffit que je me frotte aux rapports homme-femme pour susciter de vives réactions. Je comprends très bien et donne toujours raison à l’énervé. Précisément parce qu’il a raison. Il est en effet impossible de schématiser l’humain. L’époque statistique s’y emploie pourtant, et en tant qu’antimoderne, je ne devrais pas m’y exercer. L’Homme universel n’existe pas et ce n’est pas après avoir frappé les Lumières universalistes que je vais me mettre à y croire. Le danger, c’est la totale abstraction. Mais se cantonner aussi à la terre, se coltiner le sol, bref, coller au terrain restent des occupations à l’issue de quoi je classe les caractères.

        La mathématique est une science trop dure pour l’humaine nature. La science humaine est une science molle qui échappe aux règles qui lui sont prêtés. La seule discipline qui traite de cette science est la littérature. Or je lis et j’écris, en sorte que je dois nécessairement théoriser l’être humain afin d’imaginer des personnages, puis des situations, avant d’esquisser une vision du monde à quoi je ne serai pas obligé de croire. L’imagination n’est pas une foi.

L’écrivain ne construit pas des schémas, il bâtit des archétypes. Balzac n’est-ce pas. Or c’est différent d’une règle. Un archétype s’effondre face à l’exception parce qu’elle l’infirme, précisément comme la statistique. Celle-ci informe sur la réalité autant qu’elle déforme le réel. Si je m’en méfie, je suis obligé de m’y référer. Alors ce sont des clichés, alors je n’ai que préjugés. Et après ? Et bien après c’est un livre ; je n’ai pas prétention à faire vivre, je ne suis pas un dieu, j’aspire uniquement à écrire. « Mais pourquoi me tuez-vous ? » demandait Richard Millet en Août 2012 aux orfraies que son ELOGE LITTERAIRE D’ANDERS BREIVIK avait agacés.

Je me dis « sociologue de terrain » ; c’est une formule rigolote qui appartient à Alain Soral. C’est une manière de redonner à la littérature la science humaine que la sociologie s’est arrogée. Les sociologues s’attaquent à l’humain, mais ils sont tout à la statistique et s’en servent moins qu’elle ne se sert d’eux. Ce sont des écrivains ratés. Un sociologue est un être bâtard parce qu’hybride du statisticien et de l’écrivain. Sans doute trop pur dans ma démarche, celle-ci finit par maculer de « merde » mes archétypes que je prends pour des théories. Mais je préfère être un écrivain qu’un sociologue qui souille ce qu’il étudie. Le risque est d’être assimilé à tout et à rien puis d’être séparé de tous. C’est ce que j’appelle le syndrome Proust contre Sainte-Beuve.

 

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L'Aristo dit que Terence Hill ferait un bel avatar.

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