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21/12/2015

Notes pour apprendre les siècles - Remarque sur F.S Fitzgerald - Le 21/12/2015

Pat Poker

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      Dès les années 50, d’acerbes critiques s’abattent sur le rock’n’roll. « Cette musique de dégénérés » entend-on. Elles viennent toutes de la droite dure, c'est-à-dire du mépris de l’argent. C’est la droite composée de ce que René Rémond appelle dans son HISTOIRE DES DROITES EN FRANCE la droite légitimiste, contre-révolutionnaire, et la droite bonapartiste, nationaliste. Il s’agit de forces qui s’opposent à la bourgeoisie dont l’idéal commence avec le fric et s’arrête au confort. Cette classe dite moyenne, et précisément parce qu’elle l’est en tout, s’ébat dans le rock sur des paroles qui vantent l’hédonisme encore célébré par un rythme encourageant le déhanché : tout doit être cool et relax.

La bourgeoisie n’est pas en reste. Elle enferme la droite dure dans des positions esthétiques loin des réalités. La musique classique est pédante, l’accordéon est ringard. N’importe quel ragotin de l’UM-Pet-S me l’a toujours signifié. Pour un bourgeois, un dandy est un poseur. Il est ce paumé qui, parce qu’il est paumé, a beau être gracieux mais n’a pas plus de classe que le prolo en salopette.

Ceci étant, nul ne nie que le rock diffuse les idéaux du capitalisme. Les droitards esthétiques les vomissent pendant que les bourges les épousent sans sourciller. Ils sont ces vagabonds que le groupe DION chante dans THE WANDERER (littéralement le vagabond), des bonshommes hors-sol dont la danse suggère leur attitude détachée.

      Les droitards esthétiques sont les aristocrates (les légitimistes) et les plébéiens (les nationalistes). Les premiers s’entretiennent dans la musique classique (concert et opéra) et les seconds dans les bals populaires (musette et festnoz). Ils placent la musique céleste et la musique terrestre en face du rock’n’roll.

Il me souvient de camarades bourgeois chahutant leur partenaire de rock avec fracas. Rires, jetés de bras, roue et mouvements débiles. Quelle grâce à cela ? Quelle décontraction vraie dans ces fausses manœuvres du corps soumis aux mimes de l’érotisme ? C’est  d’ailleurs quand il est imité que celui-ci tourne au porno qui contamine nos sociétés. J’ai toujours été intrigué par la musique rock. Que représente-t-elle ?

La bourgeoisie est de la pourriture née sur du fumier : un tas de dégénérés qui contient les germes de sa décadence qu’il exporte à la société. Son stade ultime est celui qui la précipite dans sa masse. C’est la démocratie. Droits de l’homme, libertés de l’individu, liquéfaction des principes supérieurs – autant d’inepties que je trouve chez les paroliers du rock. Nous y voilà : le rock représente l’idéal démocratique, donc bourgeois, qui prend source aux droits de l’homme et coule depuis l’individualisme jusqu’aux voix de Mammon que la droite d’argent fixe dans la spéculation.  L’hymne démocrate est rocké. Le roi démocrate est rockeur. Le bourgeois démocrate écoute du rock.

      Que la bourgeoisie soit une classe putréfiée suppose qu’elle provienne de la dégénérescence de classes l’ayant précédée dans l’Histoire. A classe insane, musique malsaine, en sorte que s’expliquerait pourquoi la musique rock est qualifiée de dégénérée.

La bourgeoisie descend de la noblesse de robe qui est la maladie de l’aristocratie. La robe fait commerce de sa particule quand l’aristocratie la défend ou l’arrache aux événements. L’aristocrate prouve lors qu’il appartient à une famille de seigneurs, laquelle perpétue sa race de chevalier. Dans l’Histoire, le chevalier établit son domaine à proportion de ses victoires. Il consolide son territoire en le maillant de fermes dont il défend l’exploitant, c'est-à-dire le serf, conformément aux termes d’un contrat civil et civique de protection. La magna carta saxonne* est le premier document qui officialise ces pratiques séculaires. La terre et le château sont liés et de leur liaison naît une société de service. Le serf est celui qui rend et à qui est rendu service. La société de servage en est la corruption. Elle se développe avec l’émergence du bourg qui fait office de tampon géographique entre la terre et le château. Alors le lien entre le chevalier et le serf se défait. Le premier devient seigneur et le second tourne au vilain. Le seigneur précède dans sa lignée l’aristocrate qui devance le robeux qui annonce le bourgeois. Le vilain reste vilain avant de jeter l’esclave dans l’ouvrier. Le tiers-état, secoué par l’archi-modernité, explose dans le tiertiariat. En définitive, la bourgeoisie est couvée au bourg où l’honneur crève sous l’étreinte de la marchandise. Le bourgeois sort des flancs d’une chevalerie sans cheval qui a trahi le serf.

      Droite légitimiste et bonapartiste sont les réminiscences du chevalier et du serf que l’armure et l’écuyer magnifiaient. Don Quichotte et Sancho Panza n’est-ce pas. Déjà la réunion des deux seules classes qui auraient dû perdurer. C’est l’idéal monarchiste que le fascisme, mouvement contre- et postrévolutionnaire, revisite dans des sociétés européennes gavées de gras idéaux. Liberté Egalite Fraternité et sortez les trombones.

Il convient  de se référer aux arts pour comprendre l’Histoire. Les dates inscrivent les événements dans la mémoire, les arts dans la compréhension.

C’est en littérature que j’observe les convulsions que la société bourgeoise crée chez l’individu. La littérature est populaire ou aristocratique de sorte qu’il n’est pas étonnant que tous les écrivains bourgeois soient aux prises avec leurs instincts plébéiens ou aristocrates. En proie au doute du schizophrène, ils se renient. Selon les époques, ils se consument ou se suicident mais c’est toujours l’autodestruction qui domine leurs pulsions. L’instinct primal, bientôt féral, sourd de leur plume et confirme l’artificialité d’une classe bourgeoise qui leur confisque leur vraie nature à la manière d’une greffe délétère qui boufferait un corps sain qui s’y serait collé. Des hommes à l’envers.

C’est à travers deux figures que j’ai compris et noté ces lignes pour apprendre les siècles :

  • Proust, bourgeois de droit mais aristo de fait, croupissait dans une neurasthénie provoquée par ses contradictions. Il finit diminué.
  • Larbaud, héritier des sources d’eau de Vichy, s'employa à se ruiner afin de s’abîmer dans la plèbe. Il finit handicapé.

 

*(note à lire à la fin du texte pour n’en point perturber la lecture) La magna carta grave dans les textes le culte de la terre (mythification de l’agriculture) sous le règne de…Jean sans Terre. L’Histoire a parfois de ces ironies…Ce sont les barons, donc les seigneurs, qui arrachent au roi ces concessions. La tradition populaire retient que l’ennemi de Jean sans Terre est Robin des Bois, donc homme de la friche, lequel défend et symbolise à la fois le travail du serf et le serf lui-même. Le roi sans terre ne peut être que l’ennemi commun des hommes de la glèbe et en plus de justifier là son surnom, il ne peut rien posséder de terrien en tant que cet ennemi. Devant lui : des paysans et des nobles venus de l’intérieur, en sorte que la magna carta établit définitivement que le socle de la féodalité est la terre où s’allient la plèbe et l’aristocratie. L’avènement du bourg suit de près la signature de la grande charte, comme si celle-ci contenait la perte de ce qu’elle consacrait. Oui, l’Histoire a de ces ironies…

 

 

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      L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON raconte la vie d’un homme menée à rebours du temps. Il naît vieillard et meurt nouveau-né. Sa trajectoire est l’exacte inversion de celle des gens du commun. Il ne s’agit pas d’un simple délire d’écrivain puisque c’est l’allégorie de la vie de F.S Fitzgerald : FSF connaît un succès fulgurant dès son premier roman grâce à quoi il mène grand train d’abord à New-York, puis en France sur la côte d’Azur et ensuite à Paris. Dans son sillon, tous les artistes américains se regroupent à Montparnasse moyennant quoi FSF est à l’origine d’une époque bénie dans l’Histoire de la littérature qui passera désormais par la Coupole et la Riviera. Avec Zelda, FSF crée un monde interlope où se rencontrent des esprits tels qu’Hemingway, Man Ray, Buñuel, Pound, Dali. Il est vrai que Gertrude Stein avait préparé le terrain mais le talent de FSF associé à l’insolence de sa femme suffisent à le voler. Avec le temps pourtant, et inexplicablement, FSF enchaîne les échecs. Si son épouse jalouse son génie et tente, schizophrénie aidant, de brimer son élan, rien ne justifie la faillite d’un écrivain tel que lui.

      FSF débute comme il aurait dû finir : entouré dans des palaces, au firmament littéraire. FSF finit comme il aurait dû débuter : seul dans une chambre de bonne, en cheville avec le cinéma. Il naît arrivé, et meurt éloigné, en Benjamin Button des lettres. Il écrivit sa nouvelle en 1922, donc au mitan de sa vie. Avait-il senti qu’il était à son apogée et que la descente suivrait irrémédiablement la montée d’une comète piégée par une étoile ? Il y a une intuition pour la vie des autres chez l’écrivain qui succède à ce qu’il sait de la sienne. C’est qu’il en coûte d’être un génie ; c’est qu’il est cher d’être un voyant. La prescience condamne souvent ceux qu’elle a chéris.

 

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L'Aristo dit que ca, c'est aristo.

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