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02/12/2015

Fer Galvanisé - Le 02/12/2015

Pat Poker

       

        Très vite, les GIs acquièrent une solide réputation dans les tranchées. Bien qu'ils ne soient pas rompus à l'exercice militaire, ce qui leur vaut une formation anglo-française, ils viennent d'un pays qui s'est construit dans la violence : bagarres de rue, trimard, gang, conquête de l'ouest - autant de facteurs qui secourent la légende de l'Américain pugnace et redoutable au corps à corps. Il n'est pas étonnant que des commandos de GIs ravagent les sillons allemands lorsque vient l’heure nocturne des coups de mains. Les tranchées accueillent l’aube avec les obus, transformant les soldats en ouvriers*, et saluent la nuit avec les couteaux, exigeant des poilus un pugilat. Dans ce contexte, les Américains sont meilleurs que les Européens. Restés chasseurs et plus proches de la nature, ils sont rapides et silencieux, et le sont d’autant plus que leur caractère a été perverti par la fabrique délinquante de l’homme de la ville. La ville champignon n’admet que l’excès de ce qui est précipité et méconnaît la bienséance du piéton du Vieux Continent. Il faut envisager la délinquance comme le résultat d’un état d’esprit rural déprimé au sens clinique du terme, c'est-à-dire attaqué par un germe qui prend possession de son hôte en vue d’en réformer les humeurs. Cela, les volontaires à la bannière étoilée en sont imprégnés. C’est ainsi qu’ils popularisent l’idée qu’ils sont des bourrins. La guerre entame avec eux sa mue vers les jeux de massacre. L’apothéose de ce processus sera Hiroshima et Nagasaki, et bientôt les orages de feu que les Vietnamiens traduiront par le son Napalm en l’incorporant à leur langue depuis l’anglais. Toujours cette poésie de l’Asiatique face à l’horreur qu’il lui importe d’effacer. Orages de feu...Dans la guerre, tout descend du ciel avec les ricains, et c’est d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre leur actuelle politique de bombardement entamée depuis les années 90 sous le rigolo concept de guerre propre. Toujours est-il que durant les nuits tranchées dans l’année 1917, les décimations chez l'allemand suivent de près l'arrivée des gars de l'oncle Sam. Selon l’historien John Keegan, le no man's land se peuple de brutes des plaines de l'ouest au point que les marines sont surnommés les no man's. Littéralement : ceux du pas d’homme ou ceux du non-homme. La première traduction suggère un non-lieu quand la seconde sous-entend un non-être : où l'on retrouve le bob-être de nulle part dont les tranchées auraient accouché par catalyse étatsunienne. Fermons ici cette parenthèse, et revenons à nos soldats : costaud et racé, donc rural, bagarreur et allumé, donc urbain, c'est ainsi que le GI peut se résumer. Un humain à la frontière du champ et de l’usine. Un outil dopé par sa propre production. Un fer galvanisé : a Galvanized Iron, un GI.

        Il y a un chapitre dans le fabuleux livre LEGENDES D'AUTOMNE de Jim Harrison. Un GI est piégé dans les barbelés. Il est alors tué par l'ypérite et les balles des mitrailleurs allemands. L’un de ses frères enrage. C'est le soir. Il pénètre derrière les fils ennemis. Il est seul. C'est un garçon qui s'est nourri de la forêt, il a grandi dans les Rocheuses et n'aide la France qu’à travers son benjamin mort qu’il entend venger. C'est un homme naturel de l’Amérique en ce sens qu’il a grandi dans les montagnes au contact des ours et des Indiens auprès de qui il a davantage gagné en humanité qu’au contact de la pègre à quoi la ville voisine de son ranch l’a frotté. Il est ce type à la fois façonné par la violence des paysages terrestres et des sauvages - et aiguisé par le viol du fer politique, c’est-à dire par les affaires de la cité humaine, trop humaine. Cet homme, c’est Tristan. Lorsqu’il se lance en solo dans son commando vengeur, il défie par le corps et la geste, chevaleresque et animale, les monstres de la technique fritz. Sa vengeance est la révolte de l’homme face à la barbarie machinique qui coupe l’humanité de ses racines. La tuerie que Tristan perpètre en scalpant les chleus ne doit pas être prise au sérieux mais comprise comme un mouvement de rage, cet instinct de l'homme encore honnête, contre l'industrie.

        Dans D.H.LAWRENCE OU LE FEU AU CŒUR, Anthony Burgess oppose l’homme naturel cher à D.H.Lawrence à l’homme du progrès protégé par H.G.Wells. Deux visions du monde le cloisonnent. Deux attitudes tiraillent les destinées humaines. C’est très européen, et Burgess le remarque. La force des USA est d’avoir su et de savoir encore placer une humanité à leur point de concours.

 

* (à lire en annexe de ce texte : la lecture en romprait le fil et nuirait au propos) : Dans LA VOLGA NAIT EN EUROPE, qui est un des livres les plus fascinants que j’ai lus, Malaparte explique que la seconde guerre mondiale est celle d’ouvriers spécialisés qui composent moins une armée mobile qu’une usine en mouvement. Le second conflit est la prolongation de la tranchée par d’autres moyens, en l’espèce, ce sont les tanks qui dynamisent l’artillerie par un jet d’obus mouvementé. Je précise ici que Malaparte participa aux deux guerres mondiales. Il fut à chaque fois engagé sur les pires théâtres. Caporetto en 1917 et le front de l’Est en 1942. Ses commentaires originaux ne sont donc pas le fait d’une imagination géniale, mais le résultat d’une intelligence remarquable qui observa ce que certains analysent sans l’avoir jamais vu. L’Histoire est la rédaction du passé dans le temps par des hommes du présent : des déjà vus, des visionnés. La chronique, encore appelée historiographie, est l’inscription du présent dans le temps par des hommes du futur : des jamais vus, des visionnaires. Malaparte appartient à la seconde catégorie. Il est le Guichardin du XXème siècle. Je ne comprends vraiment pas comment tout ce que l’Europe compte de culture peut aujourd’hui faire l’économie de cet écrivain. Son œuvre prouve que la poésie, avec ce qu’elle comporte d’intuition et de mystique, offre une lecture des événements qui dépasse ces mêmes événements. Elle les jette au-delà de ce qu’ils sont et permet d’en comprendre les mystères. L’Histoire ne s’attaque qu’aux origines. Or c’est insuffisant.

 

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L'Aristo dit qu'il eût aimé être lui.

01/12/2015

Brèves et Intuitions - Le 01/12/2015

Pat Poker

 

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    Vu ce matin Hollande « faire le show à la COP21 » comme disent les journalistes de BobFM. Deux spiqueurs : un gominé et une coiffée louent les qualités du chauffeur de salle. Je suis certain qu’ils attendent du spectateur qu’il entende le mot saxon show au détriment d’un faire le chaud plus franchouillard. L’homophonie involontaire arrive néanmoins à point pour résumer les foucades du débile de France. Il blague sur scène, bide en avant, fesses en arrière. Il lui suffit d’une grimace pour confondre le représentant de commerce en frère burlesque. Un peu et il sautillerait sur un coussin péteur. Et il marchote tandis que ses bras balancent tels une horloge de maison de campagne. Tout penaud là, avec son humour charcutier et ses membres bouchers.

 

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    Aujourd’hui, Gattaz « fustige le programme économique du FN ». La vérité sort de la bouche des enfants n’est-ce pas. Le dadais du MEDEF valide sa prophétie en réajustant son slip enflé par un paquet qu’il range comme des liasses. Ce vendeur d’assurance-vie rigole en rotant des épaules. Il bave son analyse de goret qui nourrit ses idées au poids qu’il imprime sur la balance. Vingt kilos en trop, et c’est dix fois plus de points de CAC gagnés, donc légitimité et droit de parler. La graisse fait monter les sondages. Gattaz bat le FN en neige, encore un effort, et il aura de la meringue entre les cuisses, alors il pourra jurer et ce sera le dieu MEDEF qui transforme en ogre tout ce qu’il touche. Merci ducon.

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    Un bobo écrivait une lettre à son fils après les attentats de Paris en Novembre 2015. Au vrai, il « postait » sa science sur facebook comme s’il s’adressait à son enfant. « En mode épistolaire » sans doute. Ce fut une tartine de niaiseries qui se professent sur toutes les terrasses de cafés. J’ai souvent l’occasion de recueillir ces confessions auprès de Parisiens branchés, surtout de Parisiennes tant c’est l’esprit féminin qui ensemence la société urbaine. Ces bobs sortent, font la « teuf », et m’impressionnent à meubler leur vide par des conversations sans consistance. Bref, l’un de ces idiots gueulait depuis profil à son chiard qu’il lui apprendrait « à vivre, à baiser, à s’amuser, à lire et à se taper des meufs et des mecs, bref, à fêter » (sic en substance). Ce matin, c’est Fleur Pellerin qui dit qu’ « il y aura plus de spectacles et de fêtes afin de s’opposer à ceux qui s’opposent aux spectacles et aux fêtes et qui tuent pour ca ». Voilà comment un terroriste devient un mauvais coucheur. Un simple rabat-joie qui explose ses pétards sur les gens.

La lettre comme la sentence ministérielle sont chacune une leçon d’idéologie qui relaie ce qui les pense en croyant penser. Un peu comme si un robot programmé par un homme s’imaginait le duper en agissant précisément tel que ca lui est formulé. Tout père de famille est désormais un petit père du peuple. Son peuple : sa progéniture. Sous couvert de liberté, le père de la lettre configure son fils à l’avance : il l’aliène. Il l’enferme dans son schéma porno à l’aide d’obscénités. En lisant la lettre, et c’était insupportable, je pensais : « mais ne peut-il pas foutre la paix à son gosse et le laisser devenir ce qu’il est ? Non, il faut qu’il soit lui : ce n’est pas de l’amour, c’est de l’égoïsme, davantage : c’est de l’égotisme, le propre de ce taré enfermé dans son bunker disait Schopenhauer, sauf que dans le bunker aujourd’hui, le taré ne sait plus qu’il est seul et croit qu’il est tous. » Eduquer commande d’encadrer avant de laisser s’exprimer le libre-arbitre du bonhomme. Ces Charlie donnent raison à Renaud Camus : « Vous me dites que vous ne vivez pas en dictature parce qu’il n’y a pas de dictateur ? Mais le dictateur, c’est vous. » Le débat est clos.

 

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    Le lendemain des attentats du 13 Novembre 2015, je note deux choses :

    le bellicisme des bobs motivés par leur droit à fêter. Le blagueur en chef est le grand patron. Le porc de France ou encore L’imbécile de France comme l’appelle l’Etat islamique se fait martial : maintien franc, collet serré, popotin pincé, tout y est. Etat d’urgence. C’est la guerre qu’ils disent.

    et cette fille interrogée par BobFM qui raconte que le monsieur à côté de son père au Bataclan a pris une balle dans le crâne. « Le mec, il était à côté de mon père, et là, pan, une balle dans la tête, à côté de mon père, balle, tête, père, à côté, l’est tombé ». La gonze semble moins attristée qu’émerveillée par ce qui est arrivé : c’est qu’elle est enfin victime, elle est enfin devenue une damnée de la terre elle aussi, c’est son tour !, et maintenant les immigrés doivent partager le malheur du monde avec elle. La culpabilisation : finie ! Ouf ! Elle peut être agressive et dire avec les autres « on est guerre ». Et c’est là que se situe le rapport entre elle et Hollande. Son racisme paternaliste pour le bamboula a également le droit de virer à l’agression de l’arabe. Ses yeux humides ne le sont pas de peine, mais de joie ! Ivre, elle est transportée par le droit de fêter avec le porc de France qui excite les scènes de guerre à venir. « A côté de mon père, balle, tête, père, à côté, l’est tombé » et yeux mouillés. L’excitation excède sa tristesse. La peur transmue sa folie en hystérie douce. Peut-être ira-t-elle danser sur les cadavres de ses bourreaux, elle, la victime enfin réalisée. A la façon de ces raveurs débilités par des années de drogue et de gauchisme - qui occupent les champs de paysans n’ayant rien demandé, elle envahira les terres d’ISIS et exportera les valeurs de la terrasse, ce nouvel universalisme.

    C’est donc la guerre, mais la guerre en tant que prolongation de la fête par d’autres moyens. C’est la fête intérieure, Hollande qui blague à la COP21, Fleur Pellerin qui entremet des chanteurs afros jurant que « la cultu’’ ne va pas où vont les kalachnikovs » - et c’est la fête extérieure, avec Hollande en grand DJ. C’est l’Eros à la maison avec les appels à partouzer tous à poil à Répu pour protester contre le terrorisme et contre la mort – et c’est Thanatos à l’étranger avec les envies d'exploser tous les a-rabes à Raqqa pour se vautrer dans l’errorisme* et dans l’amour. Ha ! Eros et Thanatos, Amour et Mort, Pulsion contre Pulsion, Vénus et Mars, Femme et Homme, que les Anciens s’y entendaient à binariser le monde ! Seulement c’était inscrit dans leurs mythes, loin du dasein, donc aux confins de l’abstraction. C’était plus un exil qu’une mise en abîme : il s’agissait de se protéger de ce manichéisme. Quand cesserons-nous de nous rouler dans nos fanges ? C’est en cela que ce monde est bébé, il continue de jouer avec soi jusqu’au fond des langes.

 

 

*errorisme : mien néologisme que j’ai créé dans ma chronique sur la catastrophe de la German Wings. L’errorisme est le fait des hommes de l’erreur. La terreur générale s’efface dans l’erreur généralisée, en sorte que le bob (qui est un individu hors-sol, c'est-à-dire un touriste, partout chez l’autre, nulle part chez lui, donc qui se trompe) et le terroriste (qui est un individu hors-sol, c'est-à-dire un touriste, partout chez l’autre, nulle part chez lui, donc qui se trompe) se rejoignent par nihilisme dans cette idée qu’ils sont des hommes de l’erreur, donc qui se trompent. Autrement dit : ils sont des erroristes. Leur fête et leur guerre procèdent d’une binarisation de l’instant qui conduit, lorsqu’elle devient une vision du monde unanimement et uniment partagée, à l’errorisme. C’est un totalitarisme. C’est le mythe érigé en dogme.

 

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    Tout cela me rappelle une phrase du film UN FRANÇAIS (que j’ai déjà chroniqué : il s’agit de l’histoire d’un skinhead repenti) prononcée par un arabe à l’adresse d’un skin : « Bientôt chez vous, ce sera nulle part. » Et bien nous y sommes. L’imbécile de France, c’est-à-dire personne, préside une France métisse, c'est-à-dire tout le monde, dirigée ailleurs, c’est-à-dire hors-sol, par une hyperclasse bobique qui terrorise par l’économie quand ce n’est pas assuré par une sous-classe terroriste. Oui, ce monde est nulle part, et pourtant il est là. Paradoxe ? Oui, mais aussi mythe sorti de l’image qui l’enfermait. Mort du dasein.

 

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L'Aristo dit que l'erroriste est ce penseur rigolo.